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Témoignage d’expérience à Sainte-Soline.

Le 28/03/2023,
Par Clément Lopez


Crédit photo :  @pyr_fbl

Clément, journaliste pour Engrainage, témoigne de son expérience à Sainte-Soline.
« J’ai l’impression d’avoir quitté Sainte-Soline avec une bombe à retardement dans le crâne. Une bombe qui vient d’exploser ce soir. Comme si la réalité venait me frapper maintenant. Parce que je m’étais protégé afin de ne pas réaliser ce qui s’était passé. Pour ne pas réaliser que si j’avais été un mètre plus proche, de cette grenade, ce ne serait pas avec un simple hématome au niveau de la hanche que j’écrirais ces lignes, mais à l’hôpital. Depuis l’événement c’est une sorte de fuite en avant dans le travail. « Sortir un article le plus juste et professionnel possible » sans tomber dans le sensationnel.

Car ce qui s’est passé n’a besoin d’aucune exagération. Ce qui s’est passé est trop grave pour être déformé, exagéré ou manipulé. Mais mon excitation maladroite et l’adrénaline de l’événement ont laissé place doucement ce soir à la tristesse, l’incompréhension et la colère. J’étais conscient la veille de l’évènement que ce qui allait se produire serait intense. Les annonces médiatiques suffisaient pour comprendre que des affrontements allaient avoir lieu. Mais en rien je n’aurais imaginé vivre un seul jour dans mon travail de journaliste en lien avec l’écologie une telle violence.

« Pendant près de 2 heures une grenade aura explosé toutes les 2 secondes. »

Le bruit des grenades qui éclataient partout, les explosions des cocktails Molotov et le cri des militant.es résonnent encore. En écrivant ces lignes, j’ai l’impression de décrire un champ de bataille, c’est tout simplement dingue. J’ai des images dans mon téléphone que je me refuse de partager tant elles me semblent violentes. Pendant près de 2 heures une grenade aura explosé toutes les 2 secondes. Toutes les 2 secondes. II faut se le répéter deux fois pour y croire, ça semble inimaginable.

« En parallèle le flux médiatique est à vomir. »

J’ai encore en tête l’image de mon ami photographe, effaré et choqué m’expliquant qu’il n’est pas arrivé à prendre en photo ce militant inerte, le visage recouvert de sang. D’autres l’ont fait, les photos font peur. Autour de l’ambulance on aurait cru à une infirmerie de guerre, les civières et les blessés jonchaient le sol.
Les quads, les tirs tendus de grenades (illégaux), le blocage des ambulances par les FDO semblent tout droit sorties d’un film. Et pourtant. En parallèle le flux médiatique est à vomir. Voir Darmanin mentir sur une telle gravité est insupportable. Voir les médias salir une personne entre la vie et la mort l’est encore plus.

Pour finir, je pense que comme beaucoup de personnes j’ai besoin de
prendre du recul sur les événements. Je tenais à remercier ici tous.tes les personnes bienveillantes rencontrées sur place, toutes les personnes qui nous ont envoyé des messages et soutenus de loin ou de près. Ça nous donne la force de continuer. Et bien sûr, un soutien inconditionnel à ceux l et celles qui sont blessé.es, traumatisé.es ou impacté.es d’une quelconque façon par ces événements. »