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Les conséquences concrètes de l’écoterrorisme

13/12/2023

Écrit par :

Simon Brisard

Photos de :

Sarah Leveaux

Pierre Fimbel

Aurèle Castellane

Alice Bourdelain

Ligne de CRS lors de la manifestation contre le projet d’autoroute A69
Photo  : Pierre Fimbel | @pyr_fbl

En réponse à l’écologie et aux actions radicales, l’État diffuse un récit associant engagement à terrorisme, convictions à aliénation et lutte à violence.  Cela lui permet notamment de contourner la justice, l’État de droit et d’accentuer ses pratiques de surveillance et de contrôle.  En réhabilitant le terme “écoterrorisme”, l’État dépasse donc la dérive sémantique et met en péril la protection du vivant, des communs et l’opposition politique.

"Toute voix un peu trop subversive cherche à être éteinte et des militant.es y sont déjà durement confronté.es."

Manifestant.es assis.es face à un blocage policier lors de la manifestation NO-TAV contre la ligne Lyon-Turin, Maurienne, juin 2023
Photo : Aurèle Castellane | @bro_earth

L’écoterrorisme impacte fondamentalement la justice

Régulièrement, le Ministre de l’intérieur Gérald Darmanin fait référence à “l’écoterrorisme”, sans que ce terme n’ait de réel fondement sémantique. Nombre de spécialistes du langage et des logiques discursives ont pu s’exprimer sur l’utilisation de cette expression dans le discours politique et médiatique. Concrètement, son sens réel importe peu, et surtout bien moins que son incidence sur la population et les institutions.

Dans un état d’urgence quasi permanent depuis 2015, ce terme permet de maintenir un climat de tensions et de craintes dans la société. Et celui-ci permet notamment au gouvernement d’interférer en force dans le pouvoir judiciaire.

En effet, l’État se retrouve confronter à une justice qui n’évolue pas spontanément : c’est la réalité d’hier qui a façonné le droit d’aujourd’hui. Ainsi, pour employer des procédures pénales extraordinaires contre des opposants, l’État a forcé l’amalgame entre opposition politique et terrorisme, et ainsi dépasser le cadre légal. Alors même que “l’imaginaire écoterroriste” n’a aucune valeur pénale.

Manifestant.e portant une pancarte lors de la fête de la musique/dissolution des SDLT, Paris, juin 2023
Photo  : Alice Bourdelain | @alicebrdln

Manifestant.e brandissant un fumigène lors de la fête de la musique/dissolution des SDLT, Lyon, juin 2023
Photo  : Sarah Leveaux | @sarah.lvox

Pour l’opposition, les conséquences sont réelles

Nous assistons donc à un renforcement de l’État policier : usage disproportionné de la dissuasion et de la force, surveillance accrue, gardes à vue de 96 heures, mobilisation de la sous-direction antiterroriste sur des actions écologistes, interdictions de manifester, etc.

Plus spécifiquement, l‘État a profité des états d‘urgence successifs et des JO 2024 pour conforter la surveillance comme pilier du contrôle des oppositions. Toute voix un peu trop subversive cherche à être éteinte et des militant.es y sont déjà durement confronté.es. En assimilant les oppositions à des ennemis ou des terroristes, l’État s’autorise aussi à contrôler l‘espace public, pourtant lieu d‘expression et de contestation. Les perquisitions, gardes à vue et/ou fichages abusifs sont nombreux, alors que des ONG (Ligue des Droits de l’Homme notamment) et la Cour européenne des droits de l’homme ont condamné ces agissements

"À gauche, beaucoup parlent de «fascisation» de l’État français."

Le spectre du fascisme

À la stigmatisation et au contrôle des militant.es, à l’intervention de l’exécutif dans le juridique et le législatif et au rejet de la critique s’ajoute une diabolisation des élu.es ayant des opinions jugées comme dissidentes. Celleux présent.es à Sainte-Soline ont par exemple été lynché.es de toute part. La majorité travaille donc à exclure les forces progressistes d’un prétendu “arc républicain”, traduisant une réelle volonté de restreindre le champ politique.

À gauche, beaucoup parlent de «fascisation» de l’État français. Si ce système politique est complexe et spécifique à l’Italie mussolinienne, les dérives totalitaires citées ont fait partie de la panoplie fasciste et ont de quoi fortement inquiéter.

La députée Mathilde Panot, lors de la ma,nifestation contre le projet NO-TAV, Saint-Jean de Maurienne, juin 2023
Photo  : Pierre Fimbel | @pyr_fbl

Nos sources

Bauer, A., & Bruguière, J.-L. (2016). Chapitre premier. Concepts: Vol. 2e éd. (p. 5‑12). Presses Universitaires de France. https://www.cairn.info/les-100-mots-du-terrorisme—9782130787259-p-5.htm

Guillard, A., & Louis, V. (2023). La loi « jeux olympiques » : L’arbre de l’expérimentation algorithmique cache la forêt de l’extension sécuritaire. La Revue des droits de l’homme. Revue du Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux. https://doi.org/10.4000/revdh.18490

surligneurs, L. (2022, novembre 15). Les Surligneurs. https://www.lessurligneurs.eu/gerald-darmanin-parle-decoterrorisme-pour-qualifier-les-manifestants-de-saint-soline/

Truc, A. (2023). « Écoterroristes » et « terroristes intellectuels » : Retour sur de (pas si) nouvelles pratiques de gouvernement. La Revue des droits de l’homme. Revue du Centre de recherches et d’études sur les droits fondamentaux. https://doi.org/10.4000/revdh.17221

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